Je m'ennuie de l'automne. Le temps frisquet s'installe, les arbres changent de couleurs et leurs feuilles tombent. Les gens vont aux pommes, font tout plein de recettes en revenant a la maison et, apres une semaine, en font une indigestion. L'Halloween approche a grands pas, les maisons sont decorees de maniere de plus en plus abusive, les enfants courent partout dans les rues, satures de sucre et de maquillage. Ma soeur et moi, on les attend, probablement toutes aussi enervees qu'eux, sur le bord de la porte pour leur donner encore plus de ce delicieux poison (celle-la est pour toi, Francois).
Je m'ennuie de ma jolie banlieue. Toutes ces belles maisons, recemment construites ou pas du tout (ce qui leur donnent encore plus de charme), qui se dressent, imposantes, resistantes, presque hermetiques (qui ne laissent pas entrer d'indesirables et monstrueux insectes), partout a travers la ville... Le calme est pratiquement omnipresent dans les rues, la seule chose qui le derange etant les parties de hockey que les jeunes du coin organisent entre eux, poussant chacun leur tour le filet pour laisser passer les voitures qui osent s'aventurer dans leur jeu.
Je m'ennuie du comfort food. Vous savez, la bonne bouffe typiquement quebecoise qui fait du bien quand on est un peu down. Ces choses qu'on retrouve si facilement dans toutes les bonnes epiceries, dans tous les casse-croute qui se respectent, ou qu'on peut se faire en un tour de main soi-meme, a la maison. Poutine, pizza bien grasse, gateau chomeur, tarte au sucre, miel, vrai bon cafe qui goute le cafe, beurre de pinottes, lait-de-vache-non-contamine-par-la-melamine, etc etc etc. Je pourrais continuer longtemps comme ca.
Je m'ennuie du service a la clientele efficace. Celui ou quand on entre dans une place (que ce soit magasin, restaurant, HOTEL, BUREAU DE POSTE!!!), les employes se fendent en quatre pour vous offrir le meilleur d'eux-memes. Celui ou quand vous, les clients, vous n'etes pas satisfaits, ils font tout pour que vous ressortiez contentes. S'il y a une fourmis dans votre assiette, ils vont vous offrir mille repas gratuits pour s'excuser de ce malencontrueux incident. Ce qui est on ne peut plus logique, on s'entend.
Je m'ennuie du hockey. Fin septembre, la folie s'empare de Montreal. Tous les billets pour la saison complete sont vendus depuis des lunes, les scalpers se font deja des tonnes de profits sur le dos des retardataires un peu trop enthousiastes, les predictions vont bon train et le chandail de Patrick Roy sera retire en novembre. Ces bons vieux samedis soirs, assis devant la tele avec mon pere, mon frere et maintenant, ma soeur (GO KOVYYYYYY!), on crie a en perdre la voix nos "YESSSS SIRRRR!" ou nos "AH SHIT! VOYONS, KESSE TU FAISAIS LA?". Ah, le bon temps.
Je m'ennuie de mon monde. De sortir de ma chambre, d'aller dans celle de ma soeur, m'asseoir sur son lit, jaser avec elle pendant des heures et de rire pour des niaiseries. De faire des feux avec mes amis (et mon amoureux, evidemment) jusqu'aux petites heures du matin, se fouttre de la gueule de ceux qui ont exageres et qui ont ete malades... D'aller travailler en sachant que, meme si ca ne me tente pas, mes collegues vont toujours etre la pour me redonner le sourire et me faire apprecier la journee. De faire des soupers de famille, que tout le monde soit la par miracle (ce qui n'arrive pas assez souvent), qu'on finisse la soiree en jouant au poker et en sirotant un digestif.
Je m'ennuie beaucoup, vous le voyez et je le ressens tous les jours. Je pense souvent a notre retour. Trop souvent peut-etre. Mais j'imagine que c'est normal. C'est dur, etre loin comme ca. Mais en meme temps, ca fait un bien incroyable. Ca permet de remettre nos priorites a la bonne place, de voir ce qui est vraiment important pour nous, dans la vie de tous les jours.
Je m'ennuie, oui. Je vais arreter de le dire, tout le monde le sait. Mais je me rends compte de la chance que j'ai en ce moment d'etre ou je suis, de vivre dans cette culture si eloignee de ce a quoi on est habituees, de visiter l'autre bout du monde dans la liberte la plus totale, de s'immiscer dans la routine des gens qui nous voient parfois comme leurs sauveurs, parfois comme des betes de cirque. Je suis fascinee par le Vietnam. Vraiment. Et je sais que ce n'est que le debut.
Ce soir, on prend le bus pour se rendre a Nha Trang pour quelques jours. Ensuite, on va se diriger vers Saigon, et si tout va bien, dans deux semaines, on sera au Cambodge. Au Cambodge! Notre deuxieme pays! Je capote! J'ai hate! On va voir Angkor!
Le temps va trop vite... mais pas assez en meme temps.
Je m'ennuie de vous, mais je sais qu'on va se revoir tres bientot. Dans a peine deux mois et demi!
Laura