mardi 29 juillet 2008

Peut-être

Un de mes ami (fier représentant de la Belgique à Montréal), Guillaume (que d'autres connaissent peut-être sous le nom de Garcin) m'a envoyé un mail aujourd'hui, me demandant pourquoi Marilyn n'écrit pas sur notre blog. À cette question, que peut-être plusieurs d'entre vous se posent, je répondrai simplement ceci: parce que c'est une femme occupée.
Ce n'est pas sarcastique. Avec le travail à temps plein, l'entraînement, l'organisation du voyage (elle rocke pas mal plus que moi là-dessus) et tout le tralala, je crois que c'est normal de manquer un peu de temps quelque part.
Et comme c'est moi qui écrit tout le temps, vous penserez peut-être que c'est parce que j'ai beaucoup de temps à perdre et que je me cherche désespérément des activités pour combler ma vie triste et vide.
À cela, je vous réponds encore simplement: vous avez tort. La preuve? Ça faisait un mois que je n'avais pas écrit.
Bon. Trève de bitchage.
Non, sérieusement, c'est le mail de Guillaume qui m'a un peu rappelé que j'avais commencé un blog et qu'il serait peut-être temps de le mettre à jour. Depuis le dernier message que j'ai posté, plusieurs choses se sont mises en place, ce qui me permet de moins angoisser à l'approche du départ.
(By the way, il ne reste que 35 dodos!)
En fin de semaine passée, Marie et moi avons fait la réservation d'auberge pour notre première nuit à Hanoi. Le 3 septembre, on pourra donc profiter d'une jolie chambre privée au Hanoi Guesthouse, avec salle de bain et déjeûner inclus, pour la modique somme de 18$ pour deux. On s'est bien bidonné en voyant le coût total... Dire qu'au Québec, pour le même prix, tu peux à peine louer un terrain de camping!
Après avoir fait la réservation, on est allées, grâce au lift de sa mère qui nous a épargné une heure de transport en commun, au Jean Coutu pour prendre les photos qu'on doit joindre avec nos demandes de visas.
Vous imaginez? Trois demandes de visas (Vietnam, Chine, Cambodge) = trois formulaires à remplir + trois formats de photos différents (c'est beaucoup trop simple de faire ça universel, voyons) + trois autres grosses dépenses d'argent. Tout ça donne un beau résultat: deux filles ben écoeurées de c'te foutue paperasse. C'est compliqué, la vie.
Enfin bref. Suite à cette prise de photos interminable où Marie a trouvé le moyen de chialer pour trois raisons différentes («On est vraiment obligées d'enlever nos lunettes?», «Mes cheveux sont tout croches!» et le savoureux «Fuck, je suis même pas maquillée!») (ok, je l'avoue, j'ai grandement participé à ce chialage intensif pré-prise-de-photos-officielles... sérieusement, on va être belles toutes les deux en Asie: «PRENDS-MOÉ PAS EN PHOTO, CHU MÊME PAS PEIGNÉE!!!». Ça va être hilarant, je vous le garantie), on est allées faire un tour au La Cordée du Centropolis. De bien pratiques, mais couteux achats: deux sacs à dos qui pourraient rendre n'importe quel autre backpacker jaloux, deux filets pour pouvoir dormir sans se faire attaquer par les porteurs de malaria et, bien sûr, des bouteilles de Watkins (genre de Off! ultra performant), qui vont probablement nous sauver la vie pendant ces trois mois et demi d'intense exposition aux bibittes asiatiques.
Autre nouvelle importante: nos demandes de visas pour le Vietnam seront vraisemblablement envoyées vendredi. On a encore eu des fucks avec ça... Tout était supposé être fait la semaine dernière, mais on s'est fait dire qu'on ne pouvait pas payer les frais de visas avec nos cartes de crédit. Il faut envoyer des mandats-postes à l'ambassade du Vietnam... Bienvenus au 21e siècle, les amis! Tsssss... carrément décourageant. En plus, on nous a appris que l'obtention du visa nous coûterait deux fois plus que ce qu'on pensait. 192$ pour simplement avoir le droit de mettre le pied dans un pays, moi j'appelle ça du vol. Mais bon, y faut ce qui faut. C'est soit ça, soit je reste au Québec jusqu'à la fin de mes jours. Le choix n'est pas trop difficile à faire, n'est-ce pas?
Ah oui, autre chose. On ne pourra pas faire de demandes de visas chinois avant de partir. Conflit de temps... encore et toujours. Le visa vietnamien est plus indispensable puisqu'on atterit à Hanoi. Alors on n'avait pas le choix de commencer par celui-là. Et comme on ne peut pas faire nos demandes plus d'un mois avant notre entrée dans lesdits pays, on s'est dit qu'on essaierait quand on sera à la frontière Vietnam-Chine, comme c'est possible de le faire pour le Cambodge.
Mais bon... au point ou on en est rendues, ne pas pouvoir aller en territoire chinois ne serait pas un drame. J'ai déjà commencé à faire le deuil de ce pays, de toute façon...
Faut tout de même rester optimiste. J'ose même croire qu'il nous serait peut-être plus facile d'être admis en Chine si on se pointe là-bas en personne...
Ayoye. 35 dodos, vous vous rendez compte? Moi, de plus en plus. Et plus le temps avance, j'ai l'impression d'avoir moins peur, d'être moins angoissée.
C'est drôle, je ne sais même pas si c'est une bonne chose. D'après vous, ça l'est?
Peut-être. Peut-être.

dimanche 6 juillet 2008

Rage, angoisse et autres ratés

Quand on est allées à la clinique de voyage, il y a un peu moins d'un mois (on avait même pas nos billets d'avion encore... me semble que ça fait une éternité!), l'infirmière qui nous a reçues nous a donné deux vaccins pour trois maladies, soit la poliomyélite, l'hépatite A et une autre dont le nom m'échappe. Ma phobie des piqûres ne m'a pas fait défaut: j'ai un peu badtrippé. Ces vaccins étaient indispensables pour notre voyage, j'ai donc relativement (ahah) bien passé au travers. L'infimière nous avait aussi parlé de deux autres maladies dont il faudrait s'immuniser par simple prévention, soit la rage et l'encéphalite japonaise. Ces vaccins ne sont pas obligatoires, certes, mais tout de même fortement recommandés.
... Deux vaccins multidoses coûtant chacun autant que ceux qu'on venaient tout juste de recevoir (soit plus de 150$ chacun): deux maudites bonnes raisons pour que je ne veuille pas remettre les pieds dans cette clinique. J'ai tout de même, plus par convenance qu'autre chose, demandé à la gentille dame lequel d'entre les deux serait le plus nécessaire de recevoir, si on devait n'en choisir qu'un. Elle a répondu sans hésiter: la rage. MAIS (évidemment), ce vaccin n'était pas disponible à ce moment-là, la demande étant beaucoup trop forte pour la quantité qui avait été produite. L'infirmière nous a donc proposé de mettre nos noms sur la liste d'attente, pour pouvoir avoir la chance (ben oui) de le recevoir si jamais il redevenait disponible avant notre départ.
J'ai probablement pas besoin de vous dire que j'espérais de tout coeur partir avant que la clinique nous rappelle avec cette si bonne nouvelle (ouais, mettons).

Mercredi passé (ou jeudi? Je ne me souviens plus...), je reçois le coup de téléphone tant redouté.
Bordel.
J'appelle Marie pour lui demander ce qu'elle voulait faire. Pour elle, la décision a été facile à prendre: si on a la chance d'avoir ces vaccins, il ne faut pas passer à côté. J'ai commencé à angoisser. Marilyn appelle à la clinique pour prendre un rendez-vous et me rappelle tout de suite après: les dates ne fonctionnaient pas pour moi. J'angoisse encore. Je lui dis que c'est pas grave, que je vais appeler quand je serai rendue à la job. Le bus arrive, je monte. J'angoisse de plus en plus. Je m'assoie, j'essaie de me calmer. Incapable. Je prends de profondes respirations. Ça empire.
J'angoisse, j'angoisse, j'angoisse, j'angoisse, j'angoisse, j'angoisse.
J'arrive à la job. Mon angoisse éclate, j'implose, je veux que ça arrête, je ne suis plus capable de respirer.
Ça a fini par passer... pour reprendre un peu plus tard.
J'ai tout de même téléphoné à la clinique: il n'y avait déjà plus de places. J'étais soulagée, mais ça m'a refait angoisser. Je me sentais idiote, peureuse, démoralisée, tout ce que vous voudrez.
J'ai beau ne plus être à l'école, j'ai l'impression d'être encore plus stressée que lorsque j'y étais. Il y a encore tellement de choses à organiser, de trucs à acheter, etc. Je ne sais plus où donner de la tête. C'est fou ce que ça peut gruger comme énergie, quand même. Ça me rend encore plus vulnérable que je ne l'étais déjà: les crises d'angoisse, déjà nombreuses, se multiplient, le stress s'intensifie, mon seuil de tolérance envers la bêtise humaine (j'entends par là les gens qui me prennent pour une épaisse) est en chute libre...
Suis-je en train de virer folle? Non, on ne peut devenir ce qu'on est déjà... lol
J'ai tout de même une belle consolation: dans 58 dodos, on décolle.
Dans 58 dodos, j'aurai enfin la preuve que l'angoisse accumulée au cours de ces huit mois de préparatifs n'aura pas été inutile.
Laura

mercredi 2 juillet 2008

Bran Van 3000 ou l'art d'avoir envie au mauvais moment

Hier, Marilyn et moi sommes allés voir le show de Bran Van, au Festival de Jazz. Ça faisait presque drôle de penser qu'on ne se voyait pas dans le cadre de l'organisation de notre voyage. Faut ben décrocher, des fois...

[... même si on en a (inévitablement) discuté pendant un bon moment. J'espère juste qu'on ne commence pas déjà à vous taper sur les nerfs avec ça parce que, je vous avertie tout de suite (et, par le fait même, je m'en excuse d'avance), ce n'est que le début. Moins il restera de dodos (62!!!), plus on sera insupportables, garanti.]

Enfin. Avant le show, on est allées boire un pichet de sangria au Saint-Supplice (comme plusieurs se plaisent à nommer) avec un ami de Marie, Étienne. À 20h30, on décide de partir. Pas question de manquer une seconde du spectacle, mais surtout, pas question d'être relayés aux derniers rangs d'où on ne peut que voir des gens qui regardent d'autres gens qui regardent l'écran géant, eux-mêmes beaucoup trop loin pour ne serait-ce qu'entrevoir le stage.
À 20h45, quand on est arrivés sur le site du Festival, il y avait déjà 100 000 personnes qui se bousculaient pour les meilleures places... ou plutôt pour les moins pires. D'où on était, on voyait absolument tout... sauf la scène. Génial. L'écran géant était tout de même le bienvenue.
Vingt minutes avant que le show ne commence, un peu trop fidèle à moi-même, je dois désespérémment aller au p'tit coin. Finalement, la sangria n'était peut-être pas une si bonne idée... pas pour moi en tout cas. Je ne pouvais pas attendre jusqu'à la fin, oh que non.
Viarge.
Ça m'a pris quinze minutes sortir de cette foule un peu trop compacte pour ma si petite vessie. Un autre dix minutes à attendre aux «toilettes». Et pour revenir aux côtés de Marie et Étienne, me demanderez-vous? Une heure et quart.
J'ai donc vu le spectacle du dernier rang, seule, d'où je ne pouvais voir que des gens qui regardaient des gens qui regardaient l'écran géant. Merci, sangria. Merci beaucoup, petite vessis.
Vous vous demandez peut-être où je veux en venir avec ça. J'y viens.
C'est qu'à un moment, l'immense solitude dans laquelle je me suis retrouvée (qui, paradoxalement, se retrouvait elle-même dans un bain de foule gigantesque) m'a fait prendre conscience que cette situation serait cent fois pire lorsque nous serons en Asie. À Montréal, une foule de ce genre ne se voit qu'à certaines occasions - shows, fêtes, festivals, etc. Mais en Asie, il s'agit de la réalité quotidienne. Les gens vivent dans cette absence d'espace qui est pour nous pratiquement vitale et ce, continuellement.
Mais ce qui me fait le plus peur (oui, je sais, beaucoup de choses me font peur), c'est qu'on se perde de vue, Marilyn et moi, ne serait-ce que 2 secondes et quart, et qu'on ne se retrouve plus. Je m'imagine déjà, paniquée, en plein centre-ville de Beijing, à chercher désespérément ma petite Marie qui s'est peut-être fait piétiner par des Chinois un peu trop enthousiastes...
Cette peur est stupide. Je sais. Parce que lorsqu'on sera enfin en Asie, on ne pourra pas se perdre. Pour la simple et bonne raison que, si ça arrive, on n'aura qu'à spotter la seule personne de la foule à avoir les cheveux bouclés. Truc infaillible.
(Je pense tout de même acheter une laisse. Juste au cas.)
Malgré tout, je crois que le show a été un beau succès. Ma petite escapade et l'isolement qui en a résulté aura tout de même eu pour conséquence positive de me faire voir notre voyage d'une toute autre perspective.
Notre dépaysement sera beaucoup plus grand que ce qu'on pourrait croire. J'essaie de me faire à l'idée. Mais c'est difficile, encore si loin du grand départ.
Enfin bref.
Croyez-le ou non, mais Bran Van 3000 m'a donné un avant-goût de notre voyage.
Un avant-goût de l'Asie.
Laura